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Le climatologue du GIEC Jean Jouzel répond aux attaques des climato-sceptiques

Réchauffement global Des scientifiques climato-sceptiques tels que Beck, Lindzen et Courtillot ont souligné les faiblesses du GIEC avec des arguments plus ou moins convaincants. Jean Jouzel leur répond : oui, le GIEC a fait des erreurs ; mais oui, l’homme est responsable du changement climatique et oui, on peut encore agir pour éviter la catastrophe.

L’effet de serre et les activités humaines

En 2006, Beck a contesté le lien entre variations de température et concentration en CO2 dans l’atmosphère en présentant des mesures prises localement. Or, mesurer le CO2 de manière globale est une opération difficile, non maîtrisée : les relevés sont bien souvent affectés par les sources locales d’émission. Par exemple, une mesure prise à Paris n’aura rien à voir avec une autre prise en province.

D’autres comme Courtillot affirment que c’est la température qui augmente avant le dioxyde de carbone, prenant pour exemple le passage d’une période glaciaire à une période interglaciaire il y a 245 000 ans. Certes, la température avait d’abord augmenté en Antarctique à cette époque, mais la fonte de la calotte glaciaire s’était mise en route 40 000 ans plus tard. Dans notre situation actuelle, on constate que c’est bien le CO2 qui a augmenté en premier. De plus, la fonte actuelle des glaciers est indiscutable : la surface maximale de la banquise (atteinte en hiver) a baissé de quatre fois la France métropolitaine en 40 ans et la glace s’amincit. Enfin, la dernière décennie a été 1/4 plus chaude que la décennie précédente, elle-même la plus chaude depuis 130 ans. Il ne faut donc pas se fier à des courtes périodes ni à des impressions personnelles pour questionner le modèle climatique : à l’échelle de la planète, janvier 2010 a été le deuxième mois le plus chaud sur 130 ans !

Il est déjà plus légitime de se demander si le réchauffement en cours est dû aux activités humaines. Le rayonnement solaire, qui réchauffe l’atmosphère, et les volcans, qui dégagent des gaz à effet de serre, constituent des forçages naturels importants. Cependant, l’activité solaire diminue depuis plusieurs décennies ; on constate d’ailleurs que la stratosphère refroidit, signe d’un effet des gaz à effet de serre retenant la chaleur dans les basses-couches de l’atmosphère (sinon toutes les couches atmosphériques se réchaufferaient). Quant à l’accroissement de l’activité volcanique, il est moins important que l’augmentation des activités humaines. On peut donc conclure que les émissions de CO2 par l’homme sont bien responsables du réchauffement climatique.

Le climat des prochaines décennies et au-delà

Si on regarde le papier Lindzen, le changement des températures dans la durée reste très peu abordé par les climato-sceptiques. Même si on considère que le climat est moins sensible aux paramètres évoqués par le GIEC, on n’empêche pas le réchauffement global de se produire à long terme ! Le climat des 20 prochaines années est joué, même si l’on table sur plusieurs scénarios, mais pour la suite cela dépend de nous.

Le climat change vraiment rapidement, même si c’est difficile de le percevoir. On ne sait pas encore quel rôle le changement du climat jouera sur les cyclones, le gulf stream ou le phénomène El Niño, mais on sait que nos émissions de CO2 bouleverseront les températures, les précipitations, l’acidité des océans et les écosystèmes. Ainsi les précipitations deviendront plus fréquentes en Europe du Nord, augmentant les risques d’inondation, et diminueront en Europe du Sud, augmentant le risque de sécheresse.

Le Climategate et les erreurs du GIEC

Premièrement, il y a eu des suspicions sur les données du Hadley Centre parce qu’elles ne sont pas publiées ; cela est dû au fait que ce laboratoire est sous contrat avec le gouvernement anglais. Par contre, on peut tout à fait accéder aux données américaines, qui elles sont publiques.

La mention d’une « astuce » dans un email de Phil Jones, le directeur du laboratoire, a fait beaucoup parler. Pourtant, les corrections de données brutes sont monnaie courante dans le monde scientifique. La relation entre la taille des anneaux des arbres et la température de l’atmosphère variant suivant les décennies, Phil Jones devait naturellement corriger ce facteur.

Par contre, le rapport du GIEC comportait de vraies erreurs ; il s’agissait néanmoins de détails ne remettant pas en cause le réchauffement global :

  • la fonte du glacier de l’Himalaya est estimée non pas à 2035, mais à 2350
  • sur la foi du rapport du gouvernement néerlandais, le GIEC a écrit que 55% du territoire hollandais se situe sous le niveau de la mer, alors qu’en fait ces 55% sont sous risque d’inondation (25% se trouve sous le niveau de la mer)

Débat scientifique ou catastrophisme ?

Selon le GIEC, si on ne fait rien, le réchauffement climatique atteindra les 2,8°C d’ici la fin du siècle ; cela représente une moyenne, car si certaines régions se réchaufferont de 1,7°C, d’autres vivront une hausse de 4,4°C ! Cette amplitude est importante, et encore cette estimation est conservatrice. En effet, d’autres facteurs que les gaz à effet de serre doivent être évalués dans le changement global :

  • le rôle des aérosols
  • les caractéristiques régionales (ex. les précipitations)
  • la hausse du niveau des mers, sous-estimée (actuellement la mer monte d’environ 2 mm par an)
  • les « surprises » comme le dégazage du méthane ; libéré par le dégel du permafrost, il engendrerait une boucle de rétroaction accélérant le réchauffement

Que pouvons-nous faire ?

Nous devons stabiliser l’effet de serre en réduisant nos émissions. Pour limiter la hausse des températures à 2°C, il faut diminuer nos émissions de gaz à effet de serre de 50 à 80%. Or, nos émissions n’ont jamais autant augmenté que ces dernières années.

Que ce soit dans la production industrielle ou dans la consommation des produits importés, ce sont toujours les pays développés qui sont responsables des émissions de gaz à effet de serre, donc c’est à eux de faire les efforts les plus importants. Les pays émergents ont mis en application ce qu’on leur demandait (Chine, Malaisie, etc.), tandis que les pays du Nord n’ont pas été suffisamment ambitieux. D’ailleurs on attend toujours les 100 milliards d’aide promis aux pays du Sud… Il y a eu malgré tout quelques avancées à Copenhague :

  • se tenant au rapport 2007 du GIEC, les gouvernements ont reconnu que l’augmentation des températures devait se limiter à 2°C
  • on est parvenu à un consensus sur l’enrayement de la déforestation
  • les pays développés se sont engagés à exercer des transferts technologiques pour aider les pays en développement à décarboner leur croissance

Cependant, l’accord issu du sommet est en contradiction avec les objectifs d’émission qui restent loin du compte. On peut s’adapter raisonnablement à une augmentation de 2°C, même si certaines îles ne seront pas épargnées. Mais si on ne met pas en place d’objectif ambitieux, on est parti vers une hausse de 3°C ! Ce que nous ferons ces dix prochaines années aura un rôle crucial sur le changement climatique qui viendra 50 ans après. Atteindre notre pic d’émission en 2015, cela demeure nécessaire et réaliste. Le cinquième rapport du GIEC présentera différents scénarios climatiques suivant nos consommations de Watt au mètre carré. Les économistes pourront alors préconiser des solutions et des types de développement.

Les pics de production du pétrole et du gaz vont intervenir ce XXIème siècle, puis les ressources vont se raréfier ; malheureusement, on peut craindre que les Etats-Unis et la Chine se tournent ensuite vers le charbon, ce qui empirerait la situation. La réunion de Bonn sera une étape intermédiaire, mais c’est à Cancùn qu’on peut espérer une décision politique ambitieuse.

Ce billet est la synthèse de la conférence de Jean Jouzel à l’ENS. Si cet article vous a plu, je parle de la polémique du climategate dans « Ultimatum climatique : le GIEC nous manipule-t-il ? » et je résume les conclusions du sommet de Copenhague dans « Sommet de Copenhague : échec ou prise de conscience ?« 

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  1. keramos
    17/03/2010 à 09:21 | #1

    Bon nombre de scientifiques arrivent à la conclusion que le rapport entre le CO2 dans l’atmosphère et l’effet de serre n’est pas proportionnel comme prétend le GIEC, mais suit une loi logarithmique (Loi de Lambert et Beer). Autrement dit, une augmentation de la concentration de CO2 a peu d’effet, parce que cette concentration est déjà assez élevée. Donc pas de panique. J’ai l’impression que le GIEC va imploser quand dans l’avenir la température moyenne globale va baisser un peu, tandis que la concentration de CO2 aura été augmentée. Al Gore et les autres se sont trompés, ça peut arriver. Diminuer la consommation de charbon et de pétrole est une bonne chose, il faut en laisser un peu aux générations suivantes. Vouloir capter le CO2 pour le mettre dans le sous-sol est une folie.

  2. 17/03/2010 à 09:28 | #2

    Je n’ose à peine imaginer l’impact des dernières « boulettes » du Giec pour la crédibilité de l’organisation et des rapports qu’elle édite. Avec un afflux massif de gens qui se questionnent et remettent en cause le réchauffement climatique, il va être beaucoup plus difficile de faire évoluer les comportements.

  3. 23/03/2010 à 21:23 | #3

    @keramos
    Je pense que c’est plus compliqué que ça, qu’on ne sait pas exactement ce qui va se passer ni dans quelles proportions et que personne ne détient la vérité absolue quant au réchauffement climatique. Je pense qu’on ne peut pas balayer le rapport du GIEC d’un revers de main ; cet organisme, qui comprend des climatologues sérieux je le rappelle, est chargé d’évaluer un risque de réchauffement important. Il y a peut-être des exagérations et des inconsistances dans le rapport, mais quand la majeure partie des climatologues annonce un réchauffement climatique à terme, je leur fais confiance jusqu’à preuve tangible du contraire.

    @Renanito
    Effectivement, je pense que le GIEC aurait dû être nickel sur tous les points de son rapport, sachant qu’il serait attaqué par tous ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change. Maintenant, je regrette qu’on se focalise uniquement sur le réchauffement climatique, alors qu’il y a d’autres facteurs tangibles qui devraient nous pousser à changer : la pollution, la raréfaction des ressources naturelles, les déchets non traités, les aliments toxiques…

  4. Sylvie
    25/03/2010 à 09:44 | #4

    Un pas en avant deux en arrière : que pensez-vous de l’annulation toute récente de la taxe carbone ou plutôt de son report à une date ultérieure non définie ? Comment agir quand personne n’accorde son violon et que de ce fait les bonnes volontés sont pénalisées ? Les pays alentour profitant effectivement de la baisse momentanée de compétitivité due à cette taxe, même si à terme cela stimule la recherche et les nouveaux marchés.

  5. farfadet
  6. laurent
    09/04/2010 à 20:50 | #6

    Voici ce que prétendait le maître à penser de Jean Jouzel en 1970 :

    Paul Ehrlich 1969 :
    “Dans dix ans, toute vie animale importante dans la mer aura disparu. De grandes zones côtières devront être évacuées à cause de la puanteur du poisson mort”
    Du même, en 1976, soit 9 ans après :
    “ Cette tendance au refroidissement va réduire la productivité agricole pour le reste du siècle”
    Et encore :
    “Je serais prêt à parier de l’argent que l’Angleterre n’existera plus en 2000 !”
    « En fait, le problème est qu’il y a beaucoup trop de gens riches dans le monde  » Cité par the Associated Press, April 6, 1990
    « Donner à la société une énergie abondante serait la même chose que de donner une mitraillette à un enfant idiot  » Cité par R. Emmett Tyrrell dansThe American Spectator, September 6, 1992

    A noter que les médias adoraient Paul Ehrlich… Toujours du même Paul Ehrlich qui est devenu, depuis, un avocat strident de la lutte contre le réchauffement climatique :
    Dans les années 1970 à 1980,  » des centaines de millions de personnes vont bientôt périr lors des désastres dus aux fumées de New York et de Los Angeles » et aussi que  » l’espérance de vie des américains retombera à 42 ans en 1980 à cause d’épidémies de cancer »…
    Toujours très sûr de lui, Paul Ehrlich avait aussi prédit que certains métaux d’usage courant disparaîtraient, à court terme, du fait de l’épuisement des ressources. C’est alors qu’un économiste, Julian L. Simon, proposa un pari à Paul Ehrlich dans les colonnes du « Social Quaterly Journal ». Simon pariait que les prix de cinq métaux courants (chrome, cuivre, nickel , étain et tungstène) diminueraient dans les 10 années à venir. Simon gagna le pari aisément et Ehrlich lui remit la somme de 576,07 dollars qui représente la différence entre les prix combinés des métaux en questions.
    De fait, et heureusement, toutes les prédictions d’Ehrlich se révélèrent erronées… Ehrlich fait actuellement des prédictions sur les conséquences du réchauffement climatique… Comme Al Gore et James Hansen aux USA, Jouzel et le Treut (avec Greenpeace) en France et Rahmstorf en Allemagne…

    Georges Wald 1968 , prix Nobel de physiologie et de Médecine, déclarait que la fin du monde était pour 1985. En 1975, il consentit à repousser la date jusqu’en 1990. (The progressive, Décembre p. 22). Plus ****, il revint à sa première « prédiction » de la fin du monde pour 1985 !

    Barry Commoner ( 1969) est un ancien candidat à la présidence des Etats-Unis. Pour lui, seul un système socialiste pourrait contrôler la technologie et notre avidité à l’exploiter. Il prédit, en 1969, que les principes fondamentaux permettant la vie sur terre auront disparu dans cinquante ans, soit en 2019.

    Comique ? Non, c’est les mêmes théories que celles actuelles du GIEC mais en 1970 c’était le refroidissement planétaire.

    Pour le plaisir les déclarations du principal rédacteur actuel du GIEC 1970 :

    Amusons nous à fouiller le passé : Ouvrons «Newsweek» d’avril 1975 :
    «Des signes de mauvais augure montrent que les tendances météorologiques ont commencé à changer brutalement et que ces changements présagent une diminution radicale de la production alimentaire, avec de sérieuses implications politiques pour toutes les nations de la planète […] Le fait central est qu’après trois quarts de siècle de conditions extraordinairement douces, le climat de la terre semble se refroidir.»
    En cette année 1975, le fondateur de « Climat Change », Stephen Schneider, déclarait doctement (http://stephenschneider.stanford.edu) :
    «Nos calculs suggèrent un refroidissement global jusqu’à 3,5°C. Une telle baisse de la température moyenne terrestre, si elle se poursuivait sur quelques années, suffirait à déclencher un nouvel âge glaciaire.»
    La très sérieuse Académie des Sciences américaine confirme: «Le climat présente actuellement des symptômes alarmants. Il y a tout lieu de craindre que la Terre subira un refroidissement dramatique de ses températures au cours des cent prochaines années.»
    Stephen Schneider? Un « pedigree » impressionnant : http://stephenschneider.stanford.edu/Biography
    Et quelques années après de retourner sa veste… http://www.uclouvain.be/46902.html

    Lowell Ponte publiait en 1976 un ouvrage intitulé Le Refroidissement dont voici quelques prévisions pertinentes :
    «Si la tendance actuelle continue, la planète va se refroidir de 4 degrés en 1990 et de 11 degrés en 2000. C’est à peu près le double de ce qui nous conduirait à une ère glaciaire […]. Le refroidissement actuel a déjà tué des centaines de milliers de personnes. S’il continue, et si personne ne prend des mesures énergiques, il provoquera une famine mondiale, un chaos généralisé et même une nouvelle guerre mondiale. Tout cela pourrait survenir avant l’an 2000.» On nous servait donc les mêmes scénarios catastrophiques avec les mêmes arguments:
    «Le refroidissement continuel et rapide de la terre depuis la Seconde Guerre mondiale est en rapport avec l’augmentation de la pollution de l’air associée à l’industrialisation, à la mécanisation, à l’urbanisation et à l’explosion de la population.» Ils sont réutilisés aujourd’hui dans un sens diamétralement opposé. L’Académie des Sciences américaines est désormais un ardent défenseur du réchauffement planétaire causé par les émissions humaines de gaz carbonique. Stephen Schneider était l’auteur principal du rapport 2001 du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat) qui concluait à un réchauffement probable de 4 degrés d’ici à 2100. Nous lui laisserons provisoirement le mot de la fin, car il éclaire tout ce catastrophisme d’une lumière troublante : «Pour capturer l’imagination de la population, déclarait-il en 1989, nous devons présenter des scénarios effrayants, proférer des affirmations simplistes et catastrophiques sans prêter attention aux doutes que nous pourrions avoir. Chacun d’entre nous doit choisir entre l’efficacité et l’honnêteté.»

  7. T. Lenotre
    19/09/2010 à 08:50 | #7

    Ce débat est complètement dépassé ! Le débat scientifique poursuivra son cours, c’est évident ; mais que le GIEC ne soit pas apte à héberger un débat scientifique serein l’est tout autant ! Je recommande ce livre :
    http://giec-est-mort.com/
    qui se distingue (en bien !) des autres en portant sur une analyse serrée du GIEC lui-même.

  8. 06/10/2010 à 12:00 | #8

    Bonjour Guillaume, article très intéressant, au même titre que certains commentaires !

    Voici l’article contenant la vidéo sur les climato-sceptiques dont je t’avais parlé :

    http://energethique.be/2009/le-rechauffement-climatique-serait-il-une-escroquerie/

    Bon visionnage !

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